Il est environ 5H00 du matin. Les rêves défilent, je suis au chaud sous une couette énorme. Il arrive parfois que j' émerge en pleine nuit, a demi conscient mais la tête dans les étoiles. Cette nuit-là, au moment ou j'émerge, je détecte une légère odeur de brûlé. Cela aurait du m' alerter, mais je me suis laissé retomber dans un sommeil profond avec pour seul pensée cohérente: "génial, ça sent encore l' encens"...
Je ne me souviens pas de ce que j' ai pus rêver cette nuit là, mais je me rappel bien avoir "grogné" en entendant ma chienne aboyer. Les aboiements se font de plus en plus agressifs pendant que je me sens repartir dans l' inconscience. Mais soudain, je perçois des bruits sourds provenant de mon salon. On frappe à la porte. Je décolle mes yeux péniblement. Je me sens tout engourdis, mais je parviens à m' asseoir sur le bord de mon lit.
Il arrivait parfois que mon voisin, un type un peu paumé, vienne frapper à ma porte pour demander un paquet de pattes ou un peu de viande. C' est donc en enfilant un jean et mes rangers que je lâche pour moi: "il à intérêt à avoir une putain de bonne raison de me réveiller à cette heure!!". En y repensant, je ne sais toujours pas pourquoi j' ai enfilé mes rangers cette nuit là. L' habitude, peut être... Toujours est il que je sens encore cette forte odeur d' encens. Je ne vois pas clair, les yeux encore endormis. J' enferme ma chienne dans ma chambre afin d' éviter qu' elle ne se jette à la gorge de mon voisin, puis me dirige vers la porte. Arrivé là, je demande tout de même: "c' est qui?".
Grand silence. J' approche mon visage de la porte, puis entend soudain une voix étouffée et aigue: "VITE VITE VITE, OUVREZ LA PORTE". Je ne connais pas cette voix. Cette seule réflexion suffit à me réveiller pour de bon, prêt à bondir ou à faire n' importe quoi. Je suis méfiant! Je ne réponds pas mais la voix derrière se fait toujours aussi pressente. Je fais deux pas en arrière et saisis un couteau de cuisine que je cache derrière mon dos. De l' autre main, je m' apprête à ouvrir à la volée. Avant de m' exécuter, je réalise que malgré que je sois totalement réveillé, malgré que je sois dans un de ces états qui me rend hyper sensible à ce qui m' entoure, ma vue est toujours plus ou moins floue. Et je sens une petite faiblesse au niveau des poumons. Je ne comprends toujours pas ce qui se passe mais j' ouvre la porte, la chair de poule sur les bras, stimulé par l' adrénaline.
Mon voisin. Il est là, en caleçon sur mon palier. Je détail cet homme de trente ans à peine, un peu plus petit que moi, un bide qu' il aura du mal à perdre, des poils qui fourmillent sur son torse. Je l' aurais sans doute envoyé baladé si je n' avais pas vu la panique sur son visage. J' ai une mauvaise intuition. Je lui demande "qu' est ce qui se passe?". Je n' ai pas eu besoin d' entendre sa réponse pour comprendre soudain. Une fumée noirs avait envahis tout le couloir.
Je lui crie: "bouge pas!". Je cours ouvrir à ma chienne, je lui mets sa laisse, prends mon portable qui traîne sur la table basse. Je sors de mon appartement et passe devant mon voisin pour ouvrir la marche dans les escaliers. Je sens la fumée pénétrer mes poumons à chacune de mes inspirations. Je sens poindre la panique. Le seul remède que j' ai à ces moments là est la réflexion. Tout en descendant les escaliers je fige la situation dans ma tête et imagine toutes les possibilités pour me sortir de là, que faire, ou aller... Tout en devant anticiper les éventuelles réactions de panique de mon voisin. Mais ma réflexion est de courte durée. Je me trouve au dernier étage d' un vieil immeuble en feu pourvu d' une seule et unique sortie. Je ne sais pas encore d' ou vient la fumée, mais je n' ai qu' une idée: sortir mon voisin et ma chienne. Nous dévalons donc les escaliers. La panique, la suffocation me donnent des sueurs, bien plus que la chalheur en elle même.
Arrivés en bas, j ouvre la porte du couloir, et là... C' est l' effroi. C' est de là que viennent les flammes. Tout le sol de ce couloir est en feu, alimenté par des détritus, des poubelles, du carton... Autant de merdes qui bloquent la porte de l' intérieur. Pour la première fois de ma vie, ma tête est martelée par cette pensée: on est foutu. On est TOUS morts. Mon voisin pousse un cri éttouffé. J' ai chaud, j' ai la tête qui tourne, je n' ai presque plus de souffle.Détail purement technique, lorsqu' il y a un incendie dans un endroit clos comme celui ou je me trouvait, les flammes bouffent tout l' oxygène environnant. C' est comme se noyer alors qu' on est bien au sec... C 'est une sensation.... extrêmement désagréable, car à ces moments là, vous êtes complètement impuissant. Vous ne pouvez pas, comme à la piscine, remonter à la surface et "boire" l'air frais!
Je suis donc là, coincé, piégé... Le manque d' oxygène est insoutenable. Je serais prêt à tout pour respirer à nouveau, quitte à me jeter par la fenêtre s' il le fallait. Il faut que je me ressaisisse. Je délire sous le coup de la panique. Je me sens affaiblit, térrorisé par ce feu, je ne veux pas devenir une "torche humaine". Je refuse. Puis viens l' impulsion mêlée à la révolte. Je ne PEUX pas mourir. Je détail à nouveau le couloir. Les sacs poubelles enflammés d' ou sort un mélange d' odeurs immondes. Je tourne les yeux vers ma chienne qui semble comme abasourdie, puis fonce vers la porte. Je donne de vifs coups de pieds dans les poubelles en feu, j' écarte les débris du bout de mes rangers. J' arrive à me frayer un chemin, tout doucement. Depuis que mes yeux se sont ouverts quelques minutes plus tôt, je sens poindre un bout d' espoir. J' arrive enfin à la porte. Il s' agit d' une de ces portes avec une sécurité, ce doit être un système d' aimant qui permet d' ouvrir avec un passe. Sauf de l' intérieur ou il suffit juste de presser sur la poignée. Sauf que là, la porte ne s' ouvre pas. Je sens les larmes me venir aux yeux. Je vois les flammes près de moi qui lèchent les murs en plaintes de bois. Des débris bloquent la porte. Je suis tout près de la sortie. A 20 centimètres à peine... Je ne veux pas crever comme ça. Pas si près du but. Je fais un pas en arrière tout en écartant toujours du bout de mes rangers les poubelles. en feu, puis de tout mon élan, de toutes mes forces, je donne un coup de pieds dans la porte. Celle ci à semblé trembler sous le coup, mais elle est toujours debout. Je me jette à nouveau dessus en donnant un deuxième coup de pied, un troisième... La rage les flammes, la peur de mourir, les larmes... Ma tete tourne, et dans un dernier élan, j' envoie ma jambe en arrière pour donner un maximum de puissance dans mon coup. CRAC!!!
Je n' y crois pas. La porte est entre ouverte. Fracassée, mais bel et bien ouverte. Je fais signe à mon voisin qui tient ma chienne en laisse, d' avancer. Quand j' y repense je me dis qu' il à dut se bruler les pieds, mais à ces moments là, la douleur est... un facteur presque dérisoire.
Pliés en deux, crachant, presque vomissant cette fumée immonde nous savourons cet air frais du matin. Mon cerveau embrouillé par la panique "redémarre". Je saisis mon portable puis compose le 18. Je laisse un bref message à l' opérateur avant de jeter mon téléphone dans les mains de mon voisin. Je prends ma chienne, l' attache à la poignée de porte du magasin juste à coté, puis replonge dans l' entrée. Je dois remonter la haut, absolument. Parce que même si la terreur m' a poussé vers l' exterieur, je sais qu' il y a au moins deux jeunes filles qui vivent en dessous de chez moi.
Je grimpe les escaliers quatre à quatre, tout en prenant soin d' écourter la fréquence de ma respiration afin de ne pas inspirer de trop longues bouffées de fumée toxique. Arrivé sur le palier de mes voisines, je donne des claques puis des coups de poing sur leur porte. J' ai envie de hurler qu' il y a le feu, mais je suis incapable de parler. Je peux déjà à peine respirer avec toute cette fumée... Mais je frappe, encore et encore, avec insistance. Je m' apprête à défoncer cette foutue porte à coup de pied, quand enfin celle ci s' ouvre brusquement sur les deux voisines, deux jeune filles de vingt ans, en petite tenue, toutes paniquées. La situation m' aurait fait sourire si elle n' avait pas été ce qu' elle était. Heureusement, elles comprennent vite le danger, et me suivent dans les escaliers. Je vois l' une d' elle pleurer de panique. Je lui attrape l' avant bras, fermement. Comme pour lui dire: "suis-moi, ça va aller". Mais plus nous descendons, plus je me sens mal. Ma tete tourne. Je me sens comme dans du coton. Ma respiration consiste en de furieux toussotements. Et à chacun de ces toussotements, d' avantage de fumée entre dans mon corps. Je réalise que je vais perdre connaissance. Et je ne crois pas que les deux filles arriverons à porter 85 kilos de viande endormie jusque dehors. Cette simple idée me donne un coup de fouet aux fesses vers la sortie. Je suis en apnée. J' ai chaud. J' ai mal aux poumons, à la poitrine. J' ai la tete qui tourne. Je sens mon coeur qui cogne, n' attendant que de sortir pour avoir de l' air pur. Dernier nuage de fumée avant la sortie. Ca tombe bien, car j' ai déjà un pied dans la tombe. Je me précipite vers la sortie, mais soudain un problème. L' une d' elle est pieds nus, et est immobilisée derrière le feu qui ronge le sol.
Ma conscience hurle derrière cette barrière de panique que je m' efforce de controler:" mais c' est pas vrai!!!".
J' entreprends donc de la porter, maladroitement, jusqu' à la sortie. En période de vacances, il n' y à personne d' autre dans l' immeuble. Nous sommes donc tous là, sains et saufs. Les pompiers sont là, ils maitrisent le feu. Je suis assis, cherchant mon souffle, crachant, presque vomissant... Je sens que je suis tout rouge, les larmes aux yeux. J' ai mal à la tete, aux poumons... je me demande comment la situation à pus merder en l' espace de 10 minutes. Il n' a pas fallu longtemps pour comprendre que le feu était d' origine criminel. Mais on a jamais trouvé qui avait fait ça. Il s' en était fallut de peu pour qu' on meurt tous pendant notre sommeil.
Les pompiers me demandent si je veux aller à l' hopital. Au plus mal, mais vivant, je réponds que non, ça va aller. Au même moment, des collègues de mon commissariat arrivent et commencent à interroger les jeunes filles. L' une des deux voisines se tourne vers moi et me lance, triste: "Quand vous tapiez contre notre porte, vous auriez pus crier "au feu", on serait sortis plus vite!". A ce moment là, en plus d' un bon bain, je n' eu qu' une envie: lui retourner une paire de claque en lui hurlant: "et comment tu veux crier avec les poumons remplis de fumée, connasse!!!!!!". Ce que je ne fis pas bien sur, me contentant d' un simple haussement de sourcil, hébété et fatigué. J' ai gardé une gêne au niveau de la poitrine pendant plusieurs jours, mais je suis allé au boulot des le lendemain. Arrivé la bas, on m' a demandé de faire un rapport sur cette nuit- là. J' ai appris plus tard que si j' avais accepté d' aller à l' hopital quand le pompier me l' a proposé, on m' aurait donné le grade de gardien direct, "grace" à cette blessure en service (et oui car à partir du moment ou on intervient, peut importe l heure du jour ou de la nuit, on est en service). Bref, quand j' ai su ça, j' ai dit humblement: "oh, je n' ai pas fait ça pour ça tu sais...". Mais là, bien au fond de moi et de ma petite personne, qu' est ce que j' avais les boules!!!
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