Bonjour à tous! Voici plusieurs mois que je ne publie plus d article sur overblog. Certains d' entre vous m' ont ecris pour me demander de mes nouvelles :) Il se trouve que suite à l' obtention du concours gpx, je suis retourné en école de Police... Pour le moment je n' ai pas de pc sous la main ni suffisamment de temps pour publier, mais de nouveaux articles "naitront" trés prochainement! A trés bientot! Nemesis.
Cette journée commence comme toutes les autres... J' ouvre les yeux... Je déjeune, me rase, prends une douche glacée puis m' en vais sur le chemin du boulot. Comme tous les autres jours, je me pose la même question en voyant la route défiler: Que va- t- il m' arriver aujourd' hui? Plutôt que de m' inquiéter, cette perspective de ne pas savoir a quoi m' attendre me réjouis et m' excite a la fois. Arrivé au commissariat, je salue le collègue a l' accueil avant de monter directement au vestiaire. Tranquillement mais sûrement, j' enlève mes vêtements pour ensuite enfiler ma tenue. Treillis, t- shirt, gilet pare balle, chemise courte, rangers... Après avoir mêlé une larme de gel dans mes cheveux, j' attrape mes gants en cuir et mes lunettes de soleil, puis m' en vais dans la cour pour charger mon arme. Entre temps, j'aurai pris le temps de m' équiper d' une radio portative. Les collègues de ma brigade viennent d' arriver. Je suis content de les voir. J' ai la chance de faire partie d' une équipe soudée. Nous pouvons compter les uns sur les autres lors d' intervention difficiles, et nos fou rires lors des soirées de brigade ne semblent jamais cesser de raisonner dans nos têtes lorsque nous nous retrouvons. La tranche d' âge dans notre brigade est assez jeune, entre 24 et 35 ans. Cela doit jouer, sûrement. Plus que des collègues, je les considère comme des amis. Je nous revoit, steph, julien, olivier, benoit et moi en train de poser, boxer a l' air et pantalon sur les chevilles, devant l' appareil numérique réglé en mode "retardateur". Nous avons du recommencer plusieurs fois pour trouver le bon cadre, provoquant a chaque fois des éclats de rire a se tordre le ventre...!
Lorsque Benoit apparaît, je souris toujours en pensant a cette fameuse soirée... Mais a peine ai- je le temps de lui serrer la main, que la radio crépite: TV 340 ALPHA, RENDEZ VOUS A TEL ENDROIT POUR UN ENFANT DE 24 MOIS AYANT CHUTE DU 3 EME ETAGE. Tant pis, nous aurons toute la journée pour nous dire bonjour! Mes trois équipiers et moi même sautons dans notre véhicule puis quittons le commissariat comme si ce dernier était ravagé par les flammes. A chaque virage, j' entend crisser les pneus de notre voiture. Le gyro deux tons hurle aux autres véhicules de s' écarter de notre chemin, mais a l' intérieur, c' est le silence radio. Aucun de nous ne décroche un mot. Chacun semble concentré sur ce qui nous attend. Les quelques fois ou je suis intervenu pour des personnes défenestrées, je n' ai rien éprouvé de particulier, si ce n' est du dégoût et peut être comme souvent une part de pitié... Je me suis plus ou moins habitué à voir des yeux sortis de leurs orbites a cause du choc, a voir des membres cassés, broyés et baignés de sang... Mais là tout de suite, je ne suis pas sur d' être prêt a voir ce même résultat sur un bébé. J' érige alors en vain une faible barrière mentale en me bombardant l' esprit de réflexions morbides tels que "des tas de bébés meurent tous les jours, il y en aura d' autres, etc...".
Sur place, nous apercevons un camion de sapeur pompier stationné sur le bas coté. Mettant pied à terre, je me dirige vers le camion rouge puis entend soudain des pleurs d' enfant. Mon coeur se serre. Je ne sais pas si je dois être heureux qu' il soit en vie ou si je dois craindre de supporter la vision de mutilations irréversibles. Je m' approche d' avantage puis entre dans le camion. Mon coeur s' emballe... Je serre les dents... Puis j' expire bruyamment. L' enfant est là, allongé dans le camion. Il pleure. J' aperçois les parents qui pleurent également. Je regarde un pompier puis demande, stupéfait... "il est bien tombé du troisième étage c est ça?". Le pompier me répond par l' affirmative. Je balaie du regard les parties visibles du corps de l' enfant... Sans constater la moindre blessure. Je ne vois pas d' os, pas de sang... Aucune plaie, ni le moindre hématome.
L' Officier de Police Judiciaire nous confirmera un peu plus tard que le gamin a chuté du troisième étage pendant que la mère était dans la cuisine et le père allongé dans son lit. Malgré cette inattention qui aurait pu coûter la vie de leur enfant, ce dernier s' en est sortis sain et sauf, presque miraculeusement... J' espère que cette malheureuse aventure aura mis un peu de plomb dans le crane de ces parents distraits...
Un peu plus tard, nous sommes appelés pour un différend conjugal. Nous effectuons ce type d' intervention au moins deux à trois fois par jour,ce qui fait finalement un sacré paquet de différends conjugaux par mois et par année. Paradoxalement, ces derniers sont toujours différents. D' ou l' intérêt de ne pas y aller simplement en se disant "oh, encore un différend" les mains dans les poches... Car les différends conjugaux, c' est un peu comme la loterie... Dans la même journée, vous pouvez avoir un type qui va pleurer dans vos bras parce que sa femme la quitte, un peu plus tard un type qui va tenter de se suicider sous vos yeux en se jetant dans le vide, et encore apres un type qui va , dans un geste de désespoir et/ou de folie, s' en prendre a vous en vous coursant avec un couteau de cuisine long comme ma b...... (comme dirait mon cher Olivier!). Bref... nous annonçant sur place a la radio, nous grimpons les quatre étages a pied. Arrivés devant la porte d' entrée, nous ne percevons aucun bruit de l' autre coté. Déclipsant l' étui de mon arme, la main sur la crosse, je tape a la porte en criant un "POLICE, OUVREZ LA PORTE!". Je continue de donner des coups contre la porte du plat de la main, lorsque celle- ci s' ouvre légèrement et tout doucement. Le bras gauche tendu en avant en protection, la main droite toujours collée a la crosse de mon arme, je lance un "tout va bien?". La porte s' ouvre soudain, sur un homme.
Instantanément, je perçois l' odeur si familière de l' hémoglobine. Mais ce que j' ai sous les yeux me semble... surréaliste. L' homme, la quarantaine se tient debout dans l' encadrement de la porte. Son t shirt est maculé de sang. L' individu debout devant moi a une plaie ouverte a la gorge, d' ou dégouline du sang en grande quantité. Moins que s' il avait eu la gorge tranchée, mais quand même assez impressionnant! Au niveau de la plaie, je ne peux que remarquer ce lambeau de peau sanguinolent qui pend a sa gorge. L' individu nous regarde, comme ahuri. Malgré moi, un "oh putain" s' échappe de ma bouche. Au même instant, je saisis le blessé pour le confier a un collègue derrière, pendant qu' un autre fait appel aux pompiers. L' individu étant "en sûreté", je sors mon arme et la tend devant moi.
Le canon dirigé légèrement vers le bas, je pénètre dans l' appartement, suivis d' un autre collègue. Il y a du sang absolument partout, sur les murs, par terre... Fouillant chaque pièce, je chasse de mon esprit la vision d' une éventuelle furie se jetant sur moi, armée d' un couteau de cuisine a la lame sanguinolente. Je continue d' avancer, serrant un peu plus la crosse de mon arme. Je découvre finalement une femme assise sur un canapé. Celle- ci, la quarantaine, petite et maigre, me regarde avec de gros yeux. Ne détectant aucun objet dangereux a portée, je range mon arme. La femme me lance alors un "mais qu' est ce que vous faites ici?". M' efforçant de garder un ton calme, je lui indique que nous avons été appelés pour une engueulade. Celle- ci me rétorque "ah bon? et bien vous pouvez repartir messieurs, tout s' est arrangé!". En croisant son regard je me dis instinctivement "elle est complètement cinglée". Aussitôt, dans mon esprit, le gros voyant rouge avec écris PRUDENCE se met a clignoter. Je lui demande alors, comme si je lui demandait de me passer la mayonnaise: "votre mari est blessé, pouvez vous m' expliquer comment cela est arrivé?". Elle me répond alors" oh, il est tombé c' est tout...".
La laissant en compagnie de mon collègue, je lui demande de patienter là, puis m' en vais fouiller chaque pièce. Il y a du sang partout sur le sol. Dans la chambre, le couloir, la cuisine... Je recherche un objet tel qu' un cutter, ou un couteau qui a pu causer une telle blessure. Je commence a fouiller les poubelles, sous le lit, dans l' évier... Mais je ne trouve rien. Retournant voir la femme, je lui lance, d' un ton pressant: "écoutez madame, votre mari a reçu un coup a la gorge. Il saigne beaucoup. On sait bien qu' il n' est pas tombé, alors dites nous avec quoi vous l' avez frappé et ou est l' objet". La dame ne comprend pas, elle ne sait plus... Je demande alors par radio au chef de poste d' aviser un Officier de Police Judiciaire, a savoir si l' on interpelle la dame, sachant que le mari ne désire pas déposer plainte. La réponse ne se fait pas attendre: "négatif, le mari est transporté a l' hopital, dans l' immédiat ses jours ne sont pas en danger alors la femme sera simplement convoquée, c' est reçu?". Frustré et blasé, je balance un machinal "c' est bien reçu pour ALPHA". Sans plus de résultat, nous quittons alors les lieux, pendant que le mari, blessé mais conscient, est transporté a l' hopital par les Sapeurs Pompier.
Quelques minutes plus tard, je profite d' un retour au commissariat pour fumer une énième cigarette dans la cour, avant de taper la procédure des dernières interventions. A ce moment là je pense a tout et a rien. Je commence tout juste a sentir un début de fatigue, plus morale que physique. Je songe a aller me cherche une canette de soda, lorsque la radio crépite a nouveau "TV 340 ALPHA DE TN 75, VOUS ALLEZ VOUS RENDRE A TEL ADRESSE POUR UN INDIVIDU QUI A CHUTE DU PREMIER ETAGE SUITE A UNE DISPUTE. Comme a chaque fois, nous partons en direction de l' adresse indiquée, à tombeau ouvert.
Sur place, nous découvrons effectivement un individu allongé au sol. Les pompiers déjà présents s' affairent autour de lui. La victime a le tibia fracturé, presente également des traces de coupures peu profondes au niveau des avants bras. Un pompier nous indique que l' homme a reçu plusieurs coups de couteau, qu' il a esquivé en se protégeant a l' aide de ses bras. Les coups ne cessant de "pleuvoir", l' homme, dans un geste de desespoir (qui au passage lui a probablement sauvé la vie) a sauté par la fenetre du premier étage. Le pompier, baissant le ton, nous indique que l' auteur est ensuite descendu, pour "finir" sa victime déjà serieusement blessée, a coups de pieds et de poings. Baissant encore d' un ton, le pompier se rapproche de nous et nous dit d' un air conspirateur " l' auteur est encore présent, il est juste là et nous regarde!". Mon sang ne fait qu' un tour. Comme a ces moments- là, l' espace d' une seconde je sens l' adrénaline tendre chaque muscle de mon corps, pret a courir ou/et a frapper.
Serrant les dents, je "grogne" un "il est ou???". "Juste là!", répond le pompier, en nous désignant... une femme! Celle- ci, sans couteau a la main, regarde son mari. Elle a l' air "ailleurs"... Mes collègues et moi nous approchons alors discrètement. La femme, la trentaine, est de corpulence plutot atlhétique, noire de peau. "Bonjour madame, vous etes l' amie de la victime?". Celle- ci nous dévisage, sourcil relevé. "Ouai pourquoi?". "Vous avez une pièce d' identité sur vous?". La jeune femme tente de nous expliquer ce qu' il s' est passé, en partant dans un monologue sans queue ni tete. Cette dernière est visiblement alcoolisée. Nous décidons alors de l' interpeller. "Madame vous allez venir avec nous...". Cette dernière commence a se débattre. Nous la menottons. "Lachez moi, mais lachez moi!". Nous lui demandons de se calmer, mais au contraire, elle s' enerve, se débattant toujours: "lachez moi bande d' enculés!! allez vous faire meeeeeeeettre!!!". Puis s' adressant a son ami allongé sur une civière: "et toi èspèce de connard, je vais te tuer!!! espèce de petite merde, tu vas creverrrr!!!!". A présent, nous la trainons au sol pour l' amener jusqu' a notre véhicule. Avant de quitter les lieux, nous demandons au jeune homme s' il veut déposer plainte. A quoi il répond dans un souffle: "non"...
Dans la voiture, la jeune femme continue de nous insulter: bande de petites bites, j vais tous vous enculer!!! Je vois des sourires se dessiner sur les lèvres de mes collègues... Je lance alors: " t' entends ça benoit? elle te connait mieux que nous! C' est dingue non???!". Eclat de rire général. Plus serieusement, je me tourne puis demande a la jeune femme ce qu' elle fait dans la vie. La réponse fuse, implacable, net et sans lubrifiant: MOI CH T EMMERDE!!!! Nouvel éclat de rire dans le véhicule.
Arrivés au commissariat, sa fouille est effectuée, puis elle est placée en garde à vue dans une cellule. Sur l' ecran, au poste, nous apercevons la jeune femme, pantalon baissé. Elle... urine par terre. J' attends qu' elle finisse puis vais la voir avec deux collègues. Elle me regarde puis me lance "j' veux faire caca...". Silencieusement, je lui ouvre la cellule puis la guide jusqu' aux toilettes. Je lui demande a travers la porte "vous auriez pu nous appeler non". Ce a quoi elle sort puis me repond:" vous avez qu' a vous demerder, c' est a cause de vous que je suis là!". Ignorant sa reponse, je lui dit alors: "Mouai... bon écoutez, ici vous etes pas dans une porcherie, je pense pas que vous fassiez ça chez vous, alors maintenant, vous allez nettoyer votre urine...". Reponse de sa part: "que dalle, je nettoie que dalle moi!". Elle me fixe. La tension est palpable... et fatigué, énervé de me faire insulter, ce que je vais lui balancer va mettre le feu aux poudres:" bon ecoute maintenant on arrete de rigoler, tu vas nettoyer ta pisse, moi en tout cas je le ferais pas pour toi". Elle s' approche de moi, trop près. Je lui jette un regard noir. Elle fait soudain de grands gestes, pres de mon visage en criant "et alors quoi? tu vas me taper? Tu vas me gifler? Hein???". Je sens qu' elle risque de me porter un coup, je tend alors la main a vint centimètres de ma poitrine, face a elle: "attention, t' approche pas de moi...retourne dans ta cellule..." aussitot, elle balaie ma main avec la sienne, hurlant toujours. Instantannément, je la pousse à l' aide de mes deux mains. Elle fait un pas en arrière, et, plus énergique que ce a quoi je me serait attendu, elle se jette sur moi en hurlant et me porte un coup de "griffe" a la gorge que je ne peux éviter...
Soudain, je vois rouge. Je sens une bouffée de colère m' envahir. Je bande tous les muscles de mon corps, et a l' instant ou je m' apprete a me jeter sur elle, je suis tenté de lui porter un coup violent au visage, puis au ventre, avant de lui tordre le bras pour l' amener au sol et l' immobiliser. Mais je réalise qu' il s' agit d' une femme, et non d' un bonhomme armé! N' ayant pas l' habitude de me "battre" avec une femme, j' ai une seconde d' hésitation, partagé entre la fureur et la raison. La voyant revenir a la charge, j' opte pour une solution soft mais radicale.
Perçevant sans doute mon hésitation, elle se jette a nouveau sur moi. C' est ce moment que je choisis, ou la bloquant dans son élan, je lui assène un coup sec au front, du plat de la main. Sa tete pars a la renverse. N' ayant pas frappé trop fort afin d' éviter de la sonner, je profite de cet instant de battement pour la plaquer contre le mur et lui faire une clé de bras. La jeune femme se débat et tente de me mordre. J' ai soudain pitié d' elle. Elle se bat de toutes ses forces pour prendre le dessus, quitte a se briser le bras pour échapper a ma clé. Ne voulant pas la blesser et afin qu' elle ne puisse pas me mordre, je la fais pivoter et l' amène au sol, ventre a terre. Mon genou enfoncé au milieu de son omoplate, je lui crie "C' EST BON MAINTENANT! ARRETE! TU VEUX TE BLESSER OU QUOI, ESPECE D' IMBECILE!!!". Sa réponse: VA TE FAIRE ENCULER ESPECE DE BATARD, J' T EMMERDE!!!".
Ne parvenant à la raisonner par les mots, je suis obligé de la "trainer" par terre jusque sa cellule. Cette dernière se relève alors avant que j' ai refermé la porte, puis donne un ultime coup de pied dans ma direction. Au meme instant je lui attrape la jambe, la soulève puis la pousse légèrement afin de la déséquilibrer. Elle s' étale alors de tout son long dans la mare d' urine. Je claque la porte. Pousse le verrou... l' incident est clos. Plus tard, elle crachera au visage d' un collègue, en giflera un autre puis lui déchirera sa chemise, tout cela agrémenté d' insultes et de hurlements en tous genres... Finalement, la jeune femme sera déférée au palais de justice, puis laissée libre.
Voici la fin d' une longue journée... Je vais enfin pouvoir retrouver mon cocon, loin des cris et des coups, pour ensuite recommencer le lendemain... Moi, maso? Peut etre un peu lol...!
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