Partager l'article ! Acide et à roulettes...: Mission du jour: Sécurisation de differents points strategiques de la capitale. C est ainsi que je me retrouve à une ...
Mission du jour: Sécurisation de differents points strategiques de la capitale. C est ainsi que je me retrouve à une heure du matin, accompagné d une trentaine de collegues, éloignés les uns des autres de quelques dizaines de metres et d un car de CRS stationné la en "soutien". Les heures passent... Par cette nuit d hiver, avec ce vent glacial, la temperature avoisine les -12 degrés. A l interieur de mes gants en cuir, je ne sens plus mes doigts depuis un moment déjá... Qui donc serait assez fou pour aller faire une manif ou créer un quelconque désordre par un temps pareil? Un écouteur vissé a l' oreille, j' observe distraitement les environs, avec en fond un morceau d' adele, ou encore NOBODIES de marilyn manson... Je me torture un peu plus en pensant a un chocolat chaud, un bain brulant... Quand mon attention est soudain attirée par le retentissement d' un klaxon. J apercois alors un pauvre type en fauteuil roulant, au passage pieton situé a un carrefour. L' homme, d' une cinquantaine d annees, a une jambe dans le platre, et avance vainement en se trainant a l' aide de son autre jambe valide... Il tente de traverser mais les quelques vehicules circulant a cette heure ci roulent vite et ignorent le pauvre homme. Je decide alors d abandonner momentanément mon point et me dirige vers l' individu. Je fais signe aux vehicules de s arreter puis propose a l' homme de le pousser jusqu au trottoir d' en face. Celui- ci me repond: je veux bien, merci". Ignorant les regards incrédules des automobilistes, je le pousse jusqu au trottoir d en face. Je ne peux ignorer l' odeur insoutenable de pisse et de merde qui me monte soudain au nez. Je lui demande alors s' il a un endroit ou aller ce soir, si je peux faire quelque chose pour lui... " non je n ai nulle part ou aller, j aimerai dormir dans un foyer et puis en plus j' ai mal au zizi". Je decide alors de le conduire jusqu a une ruelle, a l' abri du vent et des regards... Il me demande:" vous allez me tabasser?". Je leve la paume de mes mains en signe de "paix" et lui dit que non je suis la pour l' aider. " avez vous une piece d' identité sur vous monsieur, afin que je transmette votre nom a un foyer?". Il me tends sa cni... Je saisis alors ma radio et appel ma station directrice: " TN75 de BRAVO 3, je suis en presence d' une personne en fauteuil roulant qui est sans domicile fixe. Il faudrait que vous contactiez le 115 afin qu' il soit pris en charge pour la nuit. Passez le moi au FPR également". Je passe systematiquement les personnes au fichier des personnes recherchees afin d' èviter les mauvaises surprises. Meme si pour le coup, ce monsieur la semble bien inoffensif. Une minute passe pendant laquelle je le regarde un peu plus attentivement. Il porte une veste kaki et un jean baissé presque au niveau des cuisses. Je devine qu' il porte des bas de contention. Il tiens un sac en plastique dans lequelle j' apercois des vetements et des flacons contenant un liquide transparent. Du parfum sans doute... La radio crépite: " BRAVO 3 vous etes en ecoute discrete?". " affirmatif"... " "votre individu est sous le coup d' un mandat d' arret, notamment pour jet d' acide sur un fonctionnaire de police. Veuillez prendre toutes les precautions necessaires et procédez a son interpellation". Je réponds un laconique " reçu pour BRAVO 3". En l' espace d' une seconde, le pauvre homme est passé du statut de personne vulnérable a celui d' individu recherché et dangereux... J' ai une seconde de reflexion pendant laquelle je me dit que les choses auraient ete plus simples s' il avait été un type "normal". Ca aurait ete quelque chose comme roulage sur le sol, menottage et go a la case prison pour Monsieur. Mais quoi qu' il ait fait, en l' occurence son état est tout sauf normal. Sa situation semble etre à mon sens un véritable supplice et je n' ai pas envie ni besoin d' en rajouter. J' opte donc pour... Le mensonge... " bonne nouvelle, ils vous ont trouvé une place en foyer!". Son visage s' éclaire un peu. " par contre je vous préviens, l' alcool la bas est interdit alors je vais devoir verifier que vous n' en n' avez pas sur vous parce que la derniere fois on s' est fait avoir par un autre type, ca vous va?". Il me fait signe que oui. " bon alors gardez bien les mains sur les accoudoirs pendant que je regarde". J' en profite alors pour effectuer une palpation de sécurité, je passe mes mains sur ses bras, le bas de son dos, son ventre, ses jambes, ses chevilles. L' odeur qu' il degage est infâme et ses vetements sont imprégnés de crasse, de pisse et que sais- je encore... mais la palpation est négative. Un car POLICE arrive. Avec deux collegues nous soulevons le gars et sa chaise roulante a l' interieur du vehicule. Ce dernier se cramponne a mon epaule, sa main dégueulasse touche presque mon visage. Mais nous parvenons a le " monter" sans incident. Un officier se presente a moi et me donne pour instruction de monter dans le car afin de presenter le mis en cause a l' officier de police judiciaire de permanence. Je grimpe alors a mon tour a l' arriere du car avec le gars et un collegue. Le trajet dure a peine dix minutes mais le temps me semble interminable. L' odeur est absolument répugnante, par comparaison, je dirai qu' il serait bien moins desagreable de fourrer son nez dans le fond d' un pissoir de toilettes publiques. A juste titre, je discerne nettement un liquide couler sur le sol du car. Oui, il est en train d' uriner, ou pour dire ça vulgairement, il se PISSE dessus. J' ai un haut le coeur. De retour a l' air libre, je manque de vomir devant le commissariat d' arrondissement. Il faut encore le redescendre. Nous le portons a nouveau. L' odeur est absolument infecte. Le type doit sentir mon trouble car il me dit: " je me lave pas souvent c' est vrai... Et puis j' ai mon zizi qui me pique". Arrivés dans le commissariat, les quelques collegues presents ne m' approchent pas. Et oui, la puanteur est contagieuse... Avant d' aller voir l' OPJ, le mis encause doit subir une fouille de sécurité afin d' écarter tout objet pouvant representer un danger pour lui meme et nous autres. Cela consiste a le faire se déshabiller, ne gardant que son slip. Les collegues decident de faire la fouille dans une cellule. Ils portent tous deux un masque et des gants en latex. J' assiste donc a la fouille, tout en expliquant a un autre collegue le motif de l' interpel etc... Quand j apercois soudain le mis en cause se cambrer, enlever son pull, son pantalon ainsi qu un gros pansement qu, il sort de son slip... Le pauvre a le ventre, les bras et les cuisses recouverts de boutons. Pour l' avoir vu sur d' autres personnes et pour l' avoir attrappé moi meme, je réalise que notre invité en est a un stade avancé de... La gale... Il se gratte alors le ventre et je ne sais pas si je suis d' avantage dégouté par le sang qui gicle de ses boutons ou par le pue sur son pénis... L' un des collegues qui porte un masque vomit avant d' avoir eu le temps de sortir de la cellule. Difficile a imaginer mais l' odeur qui se dégage de ce corps supplicié est encore pire que tout a l' heure... Jugeant avoir eu ma dose d' horreur pour la soirée, je vais voir l' OPJ pour notamment le prevenir que le pauvre type a la gale. Il me regarde alors avec un air dégouté: " c' est vous qui l' avez interpellé?". Instant d' hésitation... "Oui...". " bon et bien vous allez me rédiger la procédure d' interpel, puis on vous enverra aux urgences pour vous désinfecter!". La nuit n' est pas terminée... Alors que je rédige ma procédure, je commence a me gratter machinalement ici et la... Je me doute alors que c' est juste psychologique, ça me faisait le meme effet quand je faisais des perquises ou des interpels dans des appartements infestés de cafards... C' est fou comme l' esprit humain fonctionne n' est ce pas? Sauf que comme je l' ai indiqué précédemment j' ai déja chopé la gale une fois a cause d' un crasseux et en plus des démangeaisons horribles, je me souviens surtout d' avoir du déménager pour parvenir a me débarrasser de ces parasites qui pulullent rapidement dans votre literie et vos vetements... Et je ne suis Pas sur que ma compagne apprécierai que je la contamine, encore moins notre petite d' a peine cinq mois... Je peste alors contre mon interpellé tout en terminant de taper mon procès verbal. Quelques minutes plus tard, je pars pour l' hopital. J' attendrai une bonne heure et demi avant d' être reçu par un medecin. Il m' explique qu' il y a peu de chance que j' ai été contaminé mais que par précaution, je devais rapidement prendre une douche et laver mes vetements a 60 degrés. Ma nuit terminée, je rentre chez moi. Le temps du metro et du RER, je me passe le fil de ma vacation... Je regarde les gens autour de moi qui partent travailler, alors qu' il est l' heure pour moi d' aller me coucher... Arrivé chez moi (enfin!) je traverse rapidement la chambre a couché et vais jeter ma tenue dans la machine a laver... -60! Sous une douche brûlante, je sens que ca me gratte encore. Je frotte alors d' avantage en priant pour que je n' ai rien attrappé! Arrivé sous la couette, je ne tarde guere a m' endormir. Avant de sombrer, j' ai une pensée furtive pour mon interpellé... Je me gratte alors une derniere fois, non sans pester a nouveau....
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